[...]Ah je voudrais rester dans les convenances ; je voudrais, je voudrais nier ce que j'ai dit.Mais adieu les cérémonies! M'aimes-tu ?
Je sais que tu vas dire oui, et je te croirai sur parole .
Ne le jure pas : tu pourrais trahir ton serment : les parjures des amoureux, font, dit-on, rire Jupiter...Oh gentil Roméo, si tu m'aimes proclame le loyalement: et si tu crois que je me laisse trop vite gagner, je froncerai le sourcil, et je serais cruelle, et je te dirai non, pour que tu me fasses la cour : autrement rien au monde ne m'y déciderait...[...]
[...] C'est une torture et non une grâce ! Le ciel est là où vit Juliette : un chat, un chien, une petite souris, l'être le plus immonde vivent dans le paradis et peuvent la contempler, mais Roméo ne le peut pas.
La mouche du charnier est plus privilégiée, pus comblée d'honneur, plus favorisée que Roméo ; elle peut saisir les blanches merveilles de la chère main de Juliette, et dérober une immortelle béatitude sur ces lèvres qui, dans leur pure et vestale modestie rougissent sans cesse, comme d'un péché, du baiser qu'elles se donnent ! Mais Roméo ne le peut pas, il est exilé. Ce bonheur que la mouche peut avoir , je dois le fuir, moi; elle est libre, mais je suis banni. Et tu dis que l'exil n'est pas la mort ! Tu n'avais donc pas un poison subtil, un couteau bien affilé, un instrument quelconque de mort subite, tu n'avais donc, pour me tuer, que ce mot : Banni!... banni...![...]